EDITO - JANVIER 2010

 

L'EDUCATION THERAPEUTIQUE UN ENJEU DE SANTE PUBLIQUE, UN DEFI POUR LA CARDIOLOGIR LIBERALE

Eric Perchicot

 

La loi HPST promulguée le 22 juillet 2009 au journal officiel stipule dans son article 84 « l'éducation thérapeutique s'inscrit dans le parcours de soins du patient. Elle a pour objectif de rendre le patient plus autonome en facilitant son adhésion aux traitements prescrits et en améliorant sa qualité de vie.»

Quand on sait que 15 millions de personnes soit 20 % de la population française sont atteintes plus ou moins sévèrement d'une maladie chronique et que leur prise en charge représentait 60 % du montant des remboursements de l'assurance-maladie en 2004 on ne peut qu'adhérer à la reconnaissance de ce mode de prise en charge.

Hypertension artérielle, insuffisance cardiaque, diabète et dyslipidémies sont autant de pathologies qui peuvent bénéficier d'un programme d'éducation thérapeutique d'où l'importance pour les cardiologues de s'investir dans ce type de prise en charge.

Si les enjeux sont clairs, les questions non résolues sur l'organisation pratique de l'éducation thérapeutique sont nombreuses.

  • Certes, les études montrant l'efficacité de l'éducation thérapeutique pour optimiser la prise en charge des patients ne sont pas contestables mais quand on les analyse on s'aperçoit de la complexité et parfois de la lourdeur de la démarche. Pourra-t-on demain généraliser ce type de programme à l'ensemble de la population ? en effet, éduquer n'est pas informer, le corps médical n'a pas reçu au cours de son enseignement les bases pour transmettre ses connaissances au patient dans une forme qui permet à celui-ci de se les approprier. Avant d'éduquer il faut s'éduquer soi-même d'où l'importance dans l'avenir d'intégrer dans le cursus médical ce type d'enseignement.
  • Les programmes d'éducation thérapeutique ciblés à la fois sur le médecin et le patient nécessitent une logistique sophistiquée pour le partage des informations, clef de la relation bilatérale. Quand on connaît le parcours erratique du DMP on peut légitimement s'interroger sur la faisabilité rapide des processus nécessaires à ces échanges soignants- soignés.
  • La prise en charge quotidienne des maladies chroniques, diabète, insuffisance cardiaque, etc. nécessite l'intervention de multiples professionnels du monde de la santé qui jusqu'à aujourd'hui intervenaient essentiellement directement pour le patient sans coordination réelle. L'éducation thérapeutique impose l'organisation rationnelle de l'intervention de chaque professionnel centrée sur le même objectif. La création de cette « équipe » éducative et sa mise en place opérationnelle nécessitent de l'énergie et du temps qui ne peuvent être acceptables que si une rémunération spécifique et pérenne est prévue. La définition d'un forfait d'éducation thérapeutique est en discussion, c'est un enjeu fondamental pour la réussite du système.
  • Enfin, jusque-là l'essentiel des programmes d'intervention a été porté par des structures hospitalières ce qui risque rapidement de limiter leurs champs d'action. Sans nier ni remettre en cause la place de l'hôpital et prenant acte de cette réalité le Haut conseil de la Santé Publique appelle à se tourner dorénavant vers l'éducation thérapeutique de premier recours. Dans ce cadre, les cardiologues libéraux, en coordination avec le médecin traitant, se doivent d'être en première ligne pour la mise en œuvre de l'éducation thérapeutique dans leurs domaines de compétence. Le concept de Maison du Cœur et des Vaisseaux, proposition du dernier Livre Blanc de la cardiologie s'inscrit complètement dans cette optique ; ces structures pourraient devenir le cœur du regroupement des professionnels de santé concernés par la prise en charge des pathologies chroniques de la sphère cardiovasculaire dans les territoires de santé locaux.
L'éducation thérapeutique sera-t-elle une des réponses efficaces à la prise en charge, actuellement imparfaite, des maladies chroniques ? Les résultats obtenus justifieront-ils les coûts générés par leur mise en œuvre ? L'avenir nous le dira. Dans l'immédiat les cardiologues doivent faire preuve d'imagination pour continuer à occuper une place prépondérante dans la prise en charge des maladies cardiovasculaires.